LES PSYCHOTHÉRAPIES
Courrier adressé par le SPF à Monsieur Xavier BERTRAND, Ministre de la Santé et des Solidarités
Jean-Michel ÉON
Olivier LEHEMBRE
Pierre STAËLMonsieur le Ministre,
Le Syndicat des Psychiatres Français reste vigilant et critique sur le projet de décret relatif à l’usage du titre de psychothérapeute.
Les réunions organisées au Ministère regroupant diverses associations font apparaître que les références théoriques ou pratiques de ces associations sont très diverses et que celles-ci ne sauraient garantir dans leur ensemble les responsabilités qui incombent aux psychothérapeutes.
Si l’intention de l’article 52 de la Loi de Santé Publique du 9 août 2004 était d’apporter des garanties à la population quant à la qualité de formation des psychothérapeutes, le projet de décret témoigne de l’intention d’étendre largement le champ des psychothérapies, légitimant ou instituant des activités dites de psychothérapies, sans la référence nécessaire à une formation et à une expérience clinique et thérapeutique suffisante.
Le travail du psychothérapeute vise à prendre en charge la souffrance psychique avec les risques de décompensation psychiatrique, soit par une aggravation de la maladie, soit même par une expression pathologique de la souffrance psychique que les psychothérapeutes expérimentés connaissent bien dès les débuts de la prise en charge psychothérapique.
Aujourd’hui, l’expérience des psychothérapies est inscrite dans le cadre des soins ; le développement récent de l’activité des psychologues s’est fait pour l’essentiel dans le champ de la psychiatrie (C.M.P., Hôpitaux), et dans des institutions médico-sociales qui ont des liens étroits avec des médecins, lesquels assument d’ailleurs leurs responsabilités médicales pour l’ensemble de leur équipe.
Les psychanalystes en exercice libéral non psychiatres ne sauraient assumer leur exercice tant de psychanalyse que de psychothérapie sans une expérience clinique et thérapeutique de la maladie mentale, à laquelle est nécessairement confronté tout psychothérapeute.
En tant que psychiatres et psychothérapeutes, nous sommes conscients des demandes actuelles de soins psychiques auxquelles nous ne pouvons totalement répondre par manque de disponibilités. Un transfert des soins de psychothérapies vers d’autres professionnels ne peut se concevoir sans les compétences nécessaires et les responsabilités liées à ces pratiques.
Les soins psychothérapiques se sont développés globalement pour le bénéfice des patients, mais on ne saurait reconnaître la responsabilité d’un thérapeute si les soins ne s’inscrivent pas dans un système organisé de santé qui permette d’apporter la garantie quant à la qualité du thérapeute mais aussi quant à la garantie des liens nécessaires avec d’autres soignants quand le fonctionnement psychique relève d’aides médicales thérapeutiques (chimiothérapies, institutions soignantes, prise en charge des co-morbidités psychiatriques et somatiques), ou relève d’autres formes d’aides et d’assistances (sociales, scolaires, éducatives, judiciaires).
La rédaction du projet de décret en date du 7 avril 2006 ouvre la porte à la multiplication des psychothérapeutes hors des champs institutionnels de responsabilités que nécessitent la prise en charge de patients en souffrance psychique, en menaces de décompensations psychiatriques, qui ne manquent pas de retentir sur leur vie personnelle, sociale et professionnelle, mais aussi sur leur entourage familial et social. Ceci ne peut que produire l’effet inverse de ce qui est attendu par l’esprit de l’article 52.
Sur la rédaction de ce décret, le Syndicat des Psychiatres Français exprime sa désapprobation et ses réserves :
- sur la formation des médecins non formés spécifiquement en psychiatrie,
- sur la reconnaissance « de droit » des psychanalystes, dont le titre ne relève d’aucune garantie légitimée jusqu’à présent,
- sur la formation à la psychopathologie, retenue pour 150 heures d’enseignement théorique et quatre mois de stage, sans qu’aucune responsabilité clinique, ni expérience thérapeutique ne soit précisée.
(…)
J.-M. É.
O. L.
P. S.