LES PSYCHOTHÉRAPIES ET LA LOI

SUITE DU IVe ACTE

Christian VASSEUR

Les rédacteurs des décrets d’application vont-ils entendre l’explicite des débats au Sénat (Annick Feugère-Engel et moi-même leur avons rappelé le 2 décembre au Ministère de la Santé) à Paris et non à Barcelone (cf. article d’Annick Feugère-Engel, p. 6 de ce même numéro) ?

Pour les participants de la Commission mixte paritaire, l’exigence d’une formation à la psychopathologie clinique théorique et pratique (pour tous) a été la garantie suffisante pour la protection du public (cf. LLPF no 137, p. 7-8). Encore aurait-il fallu que les décrets d’application précisent qu’il s’agit d’un enseignement universitaire et hospitalier et dans des services accrédités. La psychopathologie est le domaine spatial et temporel des expressions de la santé mentale, psychosomatique et somatique des personnalités. Elle est le lieu de la présence des troubles psychiques dans l’émergence des faits psychopathologiques, au carrefour des faits psychiques et des faits psychiatriques (M. de Boucaud). De plus, si, par psychopathologie, il faut entendre toutes les théories qui concourent à la compréhension du fonctionnement psychique, la place réservée aux théories de la relation, et de ce qui s’y transfère, devra y être majeure. Beaucoup d’enseignants pensent que la formation de tout psychothérapeute devrait se fonder sur un temps accompagné d’observation des inter-relations des nourrissons et des enfants. Certains, comme à la Tavistock Clinic, en ont fait une base de formation.

Alors, nous souhaitons que les rédacteurs des décrets d’application comprennent qu’une formation à la psychopathologie implique, et la connaissance des signes, symptômes et syndromes par lesquels s’exprime la souffrance psychique du bébé au vieillard, et la formation à la compréhension des processus sous-jacents qui les sous-tendent aux fins de leur mobilisation psychothérapeutique.

À ce vœu, nous associons l’espoir qu’ils aient la sagesse d’abandonner un système de relation binaire avec les professionnels et qu’ils acceptent de n’être que les représentants de la loi. Le cadre et le contenu du soin psychothérapeutique sont de la compétence des plus qualifiés qui ont et auront toujours à maintenir ouverts des espaces de médiation, de réflexion éthique. C’est une des raisons qui a conduit le Ministre, J.-F. Mattéi, à retirer cet amendement du Code de la Santé.

Espérons aussi que les pouvoirs publics laisseront les professionnels d’un collège scientifique supérieur à créer, définir contenus et enseignements. Mais, pour l’instant, l’article 52 n’est qu’une loi du Code Civil sur l’usage du titre de psychothérapeute, et non sur un statut ni sur le contenu spécifique d’une pratique.

Pour l’instant !

En effet, sa présence dans l’appareil législatif français va obliger à un travail d’élaboration de création de formations responsables, c’est-à-dire capables de rendre compte de leur pratique à un tiers observateur.

Le récent rapport de l’Inserm sur les résultats comparés des thérapies cognitivo-comportementales et des thérapies psychanalytiques a montré, par le manque de rigueur scientifique de la méthodologie utilisée, la nécessité que le tiers observateur le soit ès qualité de tiers.

En psychanalyse, par exemple, nous savons que toute exigence première de résultat, de pré-supposé savoir la concernant et de carcan formaliste, fonctionnent comme des résistances. C’est dans sa permanente capacité à remettre en jeu et en travail de sens tout ce qui s’y passe, jusqu’à interroger la nature même de son processus, que la psychanalyse tient son efficacité à modifier l’appareil psychique. Aucun des deux protagonistes ne peut être évaluateur ; quant au tiers institutionnel, en même temps qu’il est référence, il est une inévitable et une inépuisable source de questions et de progrès ; condition même de sa vitalité.

Cela se nomme la rigueur scientifique.

Alors nous aurons à utiliser les mots des autres, pouvoirs publics, socius ; sans céder sur les nôtres.

C’est le défi de l’avenir du soin psychothérapeutique psychanalytique et, par là-même, de l’avenir d’une psychiatrie qui reste, par sa mise en profondeur des stratégies de soin, la seule alternative au bric-à-brac plusieurs fois millénaire des solutions perverses à la souffrance psychique.

C. V.